Cette rubrique explique comment l’Approvisionnement économique du pays (AEP) évalue la situation actuelle dans ses domaines d’activité : denrées alimentaires, énergie, produits thérapeutiques, technologies de l’information et de la communication, logistique et industrie.
Rapport de situation par l'AEP
Vous trouverez ci-dessous le rapport actuel relatif à la situation de l’approvisionnement. Il est régulièrement actualisé.
Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz continue d’être limité. À cela s’ajoute que les rebelles Houthis attaquent des navires qui passent par le détroit de Bab el-Mandeb ainsi que des infrastructures pétrolières en Arabie saoudite. Après l’arrêt durable des activités militaires au Proche et Moyen-Orient, la normalisation des flux d’approvisionnement mondiaux prendra plusieurs mois (réparation et remise en service des infrastructures, rétablissement des chaînes d’approvisionnement).
La sécheresse persistante entraîne un étiage du Rhin depuis un certain temps. Les bateaux ne peuvent de ce fait naviguer qu’avec une cargaison très réduite, voire ne peuvent plus naviguer. Cette situation limite fortement, voire supprime entièrement les capacités de transport sur ce fleuve pour l’importation de biens vitaux en Suisse.
Les goulets d’étranglement apparaissant au niveau des capacités de transport et les répercussions qui en résultent peuvent être compensés dans une certaine mesure par d’autres modes de transport (rail, route ou pipeline, notamment), grâce aux réserves constituées par les entreprises concernées, ainsi que — pour autant que les capacités nationales soient suffisantes — par une augmentation de la production indigène.
Les acteurs de l’Approvisionnement économique du pays (AEP) suivent la situation en matière d’approvisionnement de très près, avec le concours des branches concernées. Si la situation devait s’aggraver et engendrer des problèmes d’approvisionnement, il serait possible de recourir à des instruments éprouvés pour stabiliser la situation, notamment aux réserves obligatoires.
À ce jour, des découverts temporaires dans les réserves obligatoires (libération de jusqu’à 20 % des réserves obligatoires) ont été autorisés pour les fourrages protéagineux.
Alimentation
Situation actuelle
Fourrages protéagineux
L’importation en Suisse des fourrages protéagineux est fortement limitée depuis plusieurs semaines. Le tourteau de soja, principal produit utilisé, est un sous-produit riche en protéines issu de la production d’huile de soja. À l’heure actuelle, aussi bien la livraison des fèves de soja aux usines de transformation que le transport du tourteau de soja vers la Suisse sont impactés, notamment en raison du bas niveau du Rhin et du Danube. Autre facteur aggravant, la disponibilité du fourrage grossier est réduite à cause de la longue période de sécheresse, ce qui pousse les paysans à ajouter davantage de protéagineux dans les rations. Partant, le besoin accru de protéagineux se conjugue à un contexte où les importations et l’approvisionnement sont limités.
Le délégué à l’approvisionnement économique du pays a autorisé, à compter du 1er septembre 2026, un découvert temporaire dans les réserves obligatoires de protéagineux destinés à l’alimentation animale. Jusqu’à fin février 2027, il sera ainsi possible de prélever au maximum 20 % (soit près de 16 000 tonnes) de la quantité totale stockée à titre obligatoire.
FAQ
Les protéagineux sont une source importante de protéines pour l’alimentation animale. Ils incluent notamment les tourteaux de soja, de colza et de tournesol, que l’on obtient lors de la transformation des graines d’oléagineux en huile végétale.
Les difficultés touchent l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement et de transformation des fourrages protéagineux. En effet, les graines oléagineuses doivent d’abord être acheminées vers les entreprises de pressage pour y être transformées, avant que les protéagineux ainsi obtenus soient transportés vers d’autres sites. Ces étapes sont déjà soumises à des contraintes logistiques, et le bas niveau du Rhin et du Danube complique encore davantage les transports.
Non, l’offre de protéagineux sur le marché mondial reste suffisante. Les restrictions portent surtout sur la disponibilité, la transformation ainsi que le transport. Les entreprises de pressage d’oléagineux sont, elles aussi, confrontées à des problèmes d’acheminement. Parallèlement, la demande en capacité de transport par voie routière, ferrée et navigable est actuellement très forte, ce qui peut engendrer des retards ou des suspensions temporaires des livraisons.
Depuis le 1er septembre 2026, l’AEP autorise temporairement le prélèvement de volumes limités dans les réserves obligatoires de protéagineux destinés à l’alimentation animale. Cette mesure a pour objectif de soutenir l’offre sur le marché suisse.
D’ici à fin février 2027 au plus tard, jusqu’à 20 % des quantités stockées pourront être prélevés, soit un volume de près de 16 000 tonnes.
Les réserves de protéagineux visent à permettre une couverture des besoins pendant deux mois : elles s’élèvent à environ 80 000 tonnes.
Oui, des prélèvements dans les réserves obligatoires avaient déjà été autorisés en 2018, à la suite de la baisse du niveau du Rhin. La situation en matière d’approvisionnement s’était toutefois rapidement détendue à l’époque, de sorte qu’il n’avait finalement pas été nécessaire de puiser dans les réserves obligatoires, contrairement à aujourd’hui. Les prélèvements autorisés actuellement seront les tout premiers effectués sur les réserves obligatoires de denrées alimentaires et d’aliments pour animaux.
Si la situation en matière d’approvisionnement venait à s’aggraver encore, des prélèvements supplémentaires pourraient être autorisés. À cette fin, le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) peut, par ordonnance, autoriser le prélèvement de quantités supplémentaires, pouvant aller jusqu’à la totalité du volume des réserves obligatoires.
Les conflits au Proche-Orient et au Moyen-Orient n’ont pour l’instant pas d’impact direct sur la disponibilité des marchandises en octobre. Sous la pression américaine, les pays du G7 prévoient de libérer 100 millions de barils de diesel et de pétrole brut au cours des quatre prochains mois pour éviter que les États-Unis ne décrètent une interdiction d’exporter du diesel. Il reste à savoir quelle quantité de diesel sera libérée, à quelle vitesse et si cette mesure s’inscrira dans le cadre de la libération en cours des réserves par l’AIE.
Vu le bas niveau du Rhin, seuls quelques bateaux isolés naviguent sur le fleuve (chargement de 300 à 400 t). L’arrivée de pluies persistantes n’est pas en vue. Les livraisons par train arrivent avec du retard.
L’approvisionnement de la Suisse est assuré pour tous les produits pétroliers. La situation reste toutefois tendue (mazout), voire très tendue (carburants). Dans le cas du kérosène, la situation de l’approvisionnement pourrait devenir critique à partir de la mi-octobre 2026. Dans l’ensemble, le système de l’approvisionnement est fragile.
FAQ
L'approvisionnement en produits pétroliers et les stocks obligatoires
Il n’est pas possible de faire des prévisions fiables pour un avenir plus lointain en raison du fonctionnement du marché pétrolier. La planification pour le mois suivant s’y effectue au cours de la deuxième quinzaine du mois en cours. L’appréciation « assuré jusqu’à la fin du mois X » ne signifie toutefois pas qu’il y aura des problèmes d’approvisionnement à partir du mois « X+1 ».
Assurer l’approvisionnement de la Suisse en produits pétroliers est une tâche qui incombe aux entreprises, en temps normal comme en cas de pénurie. En cas de libération de réserves obligatoires, la marchandise stockée est écoulée sur le marché par les canaux habituels et partant, auprès des acteurs économiques usuels. Il n’y a pas de traitement prioritaire accordé à certaines branches, prestataires de services ou autorités et organisations chargées du sauvetage et de la sécurité (AOSS). Les AOSS, en particulier, sont tenues de mettre en œuvre les mesures prévues dans le guide AOSS.
Lorsque des produits pétroliers sont prélevés dans les réserves obligatoires, ils ne sont pas vendus à des prix préférentiels ou fixés par l’État, mais aux prix du marché. La formation des prix obéit aux mécanismes du marché usuels.
Aucun suivi particulier du marché n’est prévu. Les réserves obligatoires viennent simplement combler le manque de disponibilité des produits sur le marché. Prenons le cas du carburant : les exploitants de stations-services déterminent leur prix comme à l’accoutumée, selon les mécanismes du marché usuels.
L’Approvisionnement économique du pays a pour mandat légal de n’intervenir qu’en cas de pénurie de produits pétroliers. Il n’a aucun moyen d’influer sur l’évolution des prix. Les prix sont toutefois suivis tant sur les marchés de gros que dans le secteur des transports et chez les clients finaux, car ils peuvent refléter une pénurie sur le marché.
L’organisation de la libération des réserves obligatoires a jusqu’ici permis de couvrir l’intégralité de la demande. N.B. : il faut partir du principe que les importations restent possibles, même si c’est de manière limitée ; la hausse des prix entraîne une baisse de la demande. Il faut donc satisfaire une moindre demande.
En plus de la libération de réserves obligatoires, le Conseil fédéral peut mettre en place des mesures touchant la demande. Il peut appeler à économiser l’énergie de manière volontaire, à adopter une conduite économe en carburant ou à privilégier les transports en commun. Il peut aussi édicter des mesures plus rigoureuses, comme des réductions de vitesse, pour faire baisser la consommation de carburant.
Des mesures de contingentement ou de rationnement ont été préparées de manière conceptuelle. Leur mise en œuvre serait coûteuse et reste, somme toute, peu probable, car il n’y serait fait recours que si les autres mesures s’avéraient insuffisantes et si la pénurie persistait.
Les réserves obligatoires sont soumises à des prescriptions quantitatives dans l’optique de garantir la sécurité de l’approvisionnement de la Suisse. Les quantités à stocker – hormis dans le secteur pharmaceutique – sont calculées sur la base des ventes moyennes des trois années précédentes. Or le niveau effectif des réserves peut, dans certains domaines, s’écarter des objectifs fixés. Les réserves doivent atteindre les valeurs cibles au plus tard le 30 juin de l’année suivante. En général, la couverture de stock des réserves est de trois à quatre mois.
Actuellement, les réserves obligatoires de kérosène couvrent, comme présenté dans le tableau ci-dessous, environ 76 jours, et non les 90 jours prévus. Pour le mazout, l’essence et le diesel, les volumes sont supérieurs aux valeurs cibles.
Il convient de noter que tant les valeurs cibles que les valeurs réelles des réserves obligatoires sont le fruit de calculs. Elles indiquent la couverture de stock théorique des réserves obligatoires dans l’hypothèse où plus aucune importation ne serait possible et où la consommation resterait au niveau actuel. Ces hypothèses ne reflètent toutefois pas l’expérience réelle en cas de crise. Même lors des graves crises énergétiques du passé – comme lors de la crise pétrolière de 1973 –, les importations ont pu se poursuivre. Des crises ont en outre montré que la consommation diminue considérablement en situation de pénurie. Dans la pratique, les réserves obligatoires permettent donc de combler les pénuries sur une période bien plus longue que ne le laissent supposer les valeurs cibles et réelles calculées.
Voici un aperçu des réserves obligatoires de produits pétroliers :
Ce découvert temporaire s’explique essentiellement par deux facteurs :
Le calcul des quantités à stocker se base sur le volume moyen des ventes des trois années précédentes. Depuis la fin de la pandémie de COVID-19, les ventes de kérosène ont fortement augmenté, appelant également un relèvement a posteriori des réserves obligatoires. étant donné que ce relèvement se fait progressivement, le niveau des réserves obligatoires est temporairement inférieur aux valeurs cibles qui découlent de la forte hausse de la demande récemment observée.
Des évolutions sur le marché des importateurs ont en outre des répercussions sur l’ajustement des réserves obligatoires. Les nouveaux importateurs disposent d’un délai légal de trois ans pour atteindre leur objectif de stockage obligatoire, tandis que les entreprises détenant déjà des réserves ont un délai d’un an pour adapter les volumes stockés dans le cadre d’un relèvement ordinaire des valeurs cibles lié aux ventes. Ces ajustements s’effectuent de manière progressive et planifiable, car les volumes supplémentaires destinés aux réserves obligatoires doivent être importés en plus du kérosène requis pour l’approvisionnement ordinaire, en tenant compte des contraintes logistiques existantes.
Il convient de noter que tant les valeurs cibles que les valeurs réelles des réserves obligatoires sont le fruit de calculs. Elles indiquent la couverture de stock théorique des réserves obligatoires dans l’hypothèse où plus aucune importation ne serait possible et où la consommation resterait au niveau actuel. Ces hypothèses ne reflètent toutefois pas l’expérience réelle en cas de crise.
Même lors des crises d’approvisionnement les plus graves rencontrées, comme lors de la crise pétrolière de 1973 ou de la pandémie de COVID-19 en 2020, les importations ont pu se poursuivre. Ces crises ont en outre montré que la consommation diminue considérablement en situation de pénurie. Dans la pratique, les réserves obligatoires permettent donc de combler les pénuries sur une période bien plus longue que ne le laissent supposer les valeurs cibles et réelles calculées.
N’étant pas membre de l’Union européenne, la Suisse n’est pas liée par la solidarité énergétique. Elle n’en reste pas moins intéressée par une coordination des approches à l’échelle européenne, au regard de l’imbrication des chaînes d’approvisionnement et des marchés.
Les entreprises qui constituent des réserves obligatoires doivent le faire pour soutenir l’offre en Suisse. La marchandise stockée est destinée à combler une pénurie grave en Suisse, ou tout au moins à l’atténuer. En cas de libération de réserves, les entreprises concernées écoulent la marchandise sur le marché suisse via les canaux d’approvisionnement usuels. Aucune distinction n’est opérée, à la vente, entre la marchandise issue des réserves obligatoires et celle provenant des stocks standard.
Nos pays voisins disposent également de réserves obligatoires d’essence et de diesel, auxquelles ils peuvent recourir pour éviter une pénurie. Le tourisme à la pompe est un phénomène normal dès lors qu’il y a une différence de prix à la pompe entre les pays. Toutefois, les conducteurs n’ont pas intérêt à se déplacer au-delà d’un certain périmètre, au risque d’engloutir les économies réalisées par le trajet supplémentaire. Actuellement, les prix des carburants en Suisse sont tendanciellement plus élevés qu’en Italie et en Autriche, et tendanciellement plus bas qu’en Allemagne. Pour ce qui concerne la France, il n’y a pas de différence de prix claire.
Le tourisme à la pompe est peu encadré dans le domaine de l’aviation. Un règlement de l’UE, qui a également été repris dans le droit suisse, dispose que les compagnies aériennes doivent, à l’aéroport de départ, remplir les réservoirs de leurs avions de sorte à disposer d’au moins 90 % du carburant nécessaire pour le vol suivant. Cette règle doit être respectée de manière annualisée pour chaque aéroport, preuve à l’appui. Une dérogation peut toutefois être demandée si la quantité de kérosène pouvant être retirée à la pompe est réduite pour cause de pénurie. Cette règle n’est donc pas déterminante dans une situation de pénurie. L’exécution de cette disposition est coordonnée au niveau européen ; en Suisse, elle est du ressort de l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC).
Il convient de préciser que la marge de manœuvre est limitée par les capacités des réservoirs des avions utilisés. Sans compter que plus les réservoirs sont remplis, plus la consommation de kérosène, et avec elle, la pression sur les coûts, augmente à cause du poids supplémentaire. Enfin, les autres pays européens disposent également de réserves obligatoires de kérosène auxquelles ils peuvent recourir en cas de pénurie.
À la différence du kérosène, l’essence d’aviation est principalement utilisée pour les avions de petite dimension et les avions de sport dotés de moteurs à hélices, et n’a pas d’importance pour l’approvisionnement du pays.
L’approvisionnement en services de transport et de logistique est assuré.
La navigabilité du Rhin est fortement restreinte en raison du niveau très bas des eaux.
Produits thérapeutiques
La disponibilité de certains principes actifs est limitée. En cas de notification de pénurie, le recours aux réserves obligatoires est autorisé lorsqu’il est nécessaire.
FAQ
À l’heure actuelle, l’approvisionnement en médicaments de la Suisse n’est pas affecté par la guerre en Iran, mais cela pourrait changer. Selon son évolution et sa durée, la guerre pourrait avoir des conséquences concrètes sur la production de médicaments, que ce soit en raison des composants pétrochimiques qui sont nécessaires à la fabrication des médicaments ou à cause de problèmes logistiques qui se répercuteraient sur l’approvisionnement. La production pharmaceutique est mondialisée, et de nombreux sites de production se situent en Asie. On y produit avant tout des principes actifs et des adjuvants destinés à être transportés dans d’autres pays pour y être transformés.
Industrie
L’approvisionnement en biens industriels est actuellement assuré. Aucune mesure n’est actuellement en vigueur ou prévue.
FAQ
Cela dépend beaucoup de la durée de la guerre et du blocage des transports maritimes. Des risques de sous-approvisionnement planent toutefois sur certains produits industriels et précurseurs, comme les lubrifiants, l’AdBlue, l’hélium et d’autres produits de l’industrie pétrochimique.
Technologies de l’information et de la communication (TIC)
L’approvisionnement en services d’information et de communication est assuré. Aucune mesure n’est actuellement en vigueur ou prévue.